mercredi 14 février 2018

Une idylle dans les années 1920

Nous sommes en fin d’année 1923, Florina DUPOND, jeune vendéenne de 20 ans, accompagnée de sa mère, Eulalie 49 ans, viennent passer les fêtes de Noël avec leur sœur et fille Emilie, 25 ans, et leur beau-frère et gendre Louis CHARRON, 29 ans, tous les deux employés dans une ferme en Charente sur la commune de Criteuil, à plus de 200 kilomètres de leur "pays" natal.

Florina au début des années 1920

Emilie et Louis lors de leur mariage en 1921

Vue générale de Criteuil au début du 20ème siècle

Le couple marié en septembre 1921 en Vendée, a migré, dès le mariage célébré, vers la Charente pour trouver du travail comme beaucoup de familles vendéennes de cette époque. En effet, suite à la crise du phylloxéra (maladie de la vigne), qui débuta à la fin du siècle précédent, de nombreuses terres viticoles sont devenues des terres de culture et la main d’œuvre manque …

Mais revenons-en à Florina … la jeune fille, lors de ce séjour, rencontre un jeune homme de son âge, Henri. Ce dernier vit sur ladite commune et il est sans doute un collègue ou un voisin du jeune couple CHARRON.

Noël est passé, Florina et sa mère rentrent par le train chez elles, rejoindre le père DUPOND resté au "pays" à la Croix Blanche de Notre Dame de Riez. Dès son arrivée, Florina envoie une carte à Henri. Ce dernier lui fait réponse le 7 janvier :

 

"Criteuil le 7 - 1 - 1924
Cher Mademoiselle
je fait réponse à votre cart que jai reçu il y a quelque temps. elle ma fait grand plésir me disen que vous aviai fai un bon voyage. Je serai quonten daller vous voir dans ce beau j pay de vendé je termine ma cart. je vou t ne vois plus grand chose à vous dire recevez mille baiser de celui qui ne vous oblie pas Henri'

Deux jours plus tard, Florina et ses parents reçoivent une carte d’Emilie. Dans cette dernière, Emilie fait allusion au voyage retour de Florina et de leur mère mais aussi et surtout à Henri !


"Criteuil le 9 janvier 1924
chère soeur et parents
je fait repons à votre lettre qui nous a fait plaisir de savoir que votre voyage été bon insi que papa en bonne santé et nous s'autre nous avon arivé chez à 11 heur et demie. Nous avon soupé à Touzac et le jour de premier de l'ans nous avon soupé chez notre ancine patron et nous lui avon vendu la barique de vin 120 f. le prix couran mais de cemoment sa tombe toujours de leau mes lendemand de notre de part sa fait bau temp. Enfin je vous quitte pour dignine (dîner ?) que l'année de 1924 soin une année de bonheur et de chance pour vous et tous la famille. Bonjour bonne santé vos enfants qui vous embrasse de loin Charron Emilie. Chère Florina tu doit avoir reçu des correspondances de Criteuil despuis ton de part."

sur le recto de la carte 
"Souvenire de en Henrie de l'année 1924"

Les semaines et les mois passent … 

Le 18 mai, Henri écrit une carte à Florina depuis Châteauroux dans l’Indre où il vient d’arriver pour faire son service militaire au sein du 90ème Régiment d’Infanterie :


"Chatauroux le 18-5-1924
Ma Cher petite bien émée
Je prend un insten pour vous faire une petite carte et pour vous dire que je sui rentré au régiment voila 6 jours. le métier commensse à rentré mai il et un peu dure mai cest egal il faut le faire. Je marrette en vous envoyen mille baisers votre petit coeur qui ne vous oubli pa.
Chabanne Henri au 90 régiment infenterie 5ème compagnie Chateauroux indre indre"

Le 14 juillet suivant, Henri répond à une lettre de Florina. Cette dernière lui a transmis en même temps une photo d’elle :


"Chateauroux le 14-7-1924
Cher pitite adorer
Je fait réponse à votre lettre qui ma fait grand plésir ainssi que votre photo vous me dit que vous nette pa bien dessu mais je vous trouve très bien avec votre petite quoife ime semble de vous voir comme a villet (habillée) laba chez votre frere soeur
je vous quitte en vous envoyen un doux baiser un peu de loin
Chabanne Henri"



12 jours plus tard, le 26 juillet, Henri répond à une autre lettre de Florina :


"Chateauroux 26-7-1924
Cher petite Amie
je fait réponse à votre lettre que jai reçue dernièrement qui ma fait grand plésir de vous savoir toujours en bonne santé bour pour moi la santé est toujours bonne on se la coule toujours douce et et la classe savence tous les jours mai elle n'ai pas rendu encore dans dix mois on leurs dira aurevoir et merci en a tenden je vous evoi un doux baiser
Chabanne Henri"

Ensuite plus rien …
ou presque : dans une carte envoyée depuis Nantes le 29 septembre d’une personne inconnue, il est question de cette idylle :

 

"Nantes 29 septembre 1924
Ma chère Florina. J'acuse réception à ta charmante corespondance que tu as bien voulu m'envoyé elle m'a rejoint en bonne santé et j'espère que la mienne va te trouver la même chose. Je vois que tu te fais encore des idées fausses mais ma petite amie tâche de surmonter tous cela et place toute ta confiance tu verras que j'en rigolerai pas, ca va bien d'en rire qu'and l'on a 14 ou 15 mais qu'and on a vingt ans et qu'on est militaire cela donne bien des choses à comprendre on s'avance plus loin dans la vie tu s'est bien qu'il faut commencer on ne s'est jamais ce que l'avenir nous réserve et je serais heureux de reçevoir de tes nouvelles de temps-..."
(... vraisemblablement la carte a une suite sur du papier libre ...)

Que s'est il passé durant l'été ? Toujours est-il que l'histoire amoureuse entre Florina et Henri est terminée ...

Florina est ma grand tante, elle décédera célibataire de nombreuses années plus tard … Je lui avais déjà consacré un billet : F comme FLORINA.

Quant à Henri CHABANNE, je n’ai pour l’instant pas retrouvé sa trace. Je sais juste qu’il n’a pas été un conscrit de Charente des classes 1922-1923 (un homonyme de la classe 1922 existe) … affaire à suivre …

Vous avez pu remarquer que l'orthographe des personnes ci dessus est assez phonétique, et j'ai volontairement retranscrit tel quel.
En effet la fratrie DUPOND n'est pas allé très longtemps à l'école, juste le temps d'apprendre les rudiments de l'écriture, lecture et calcul. Après il fallait travailler donc les enfants de la fratrie furent placés très tôt comme domestique de ferme, ou servante comme l'on disait pour les jeunes filles.
Ma grand mère Léonide, soeur d'Emilie et Florina fut placée dès ses 10 ans, elle n'en gardait malheureusement pas un très bon souvenir ...
Henri quant à lui devait être dans la même situation.

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